23 décembre, 2020   |  dans Enfance (5-10 ans), Petite enfance (0-5 ans) 

Doit-on obliger son enfant à partager?


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La générosité ne se force pas, ça s’apprend.

Pendant des générations, il a fallu que les enfants partagent à tout prix pour que l’adulte se sente un bon parent. Or, partager, ce n’est pas inné, surtout si le partage provient d’une éducation où il signifie de se priver. En forçant, le geste de générosité ne viendra pas de l’enfant lui-même et ça ne l’incitera pas à le faire plus tard. De plus, partager et se priver sont deux notions contradictoires. Si partager signifie se priver et ressentir de la frustration (par exemple avec un temps de jeu limité sur minuterie), c’est un non sens! 

Petite piqûre de rappel au passage : ce n’est que vers deux ans qu’un enfant comprend qu’il est une personne à part entière. Cependant, il continue de croire que ses désirs et ses besoins sont les seuls valables au monde. Les objets n’existent pas pour lui. Cette phase égocentrique va en général jusque vers quatre ans, chez certains enfants jusque sept ou huit ans. Jusqu’à l’âge adulte, il y a bien des occasions d’apprendre le partage. Apprendre à partager, c’est donc un travail sur des années! Gardes ça en tête quand tu seras exaspéré!

En temps de pandémie, la réponse est facile, c’est non!…

Blague à part, imagines que tu es au parc et qu’un enfant saisisse la trottinette que tu viens d’offrir au tiens. Tu remarques que ton enfant n’est pas du tout d’accord pour la prêter. Là, le dilemme se pose : tu sais que si tu forces ton enfant à prêter sa trottinette, c’est la crise assurée. D’un autre côté, tu aimerais bien qu’il partage car c’est une valeur importante à tes yeux.

Et puis, il y a l’autre maman qui regarde comment tu vas intervenir et tu n’as pas du tout envie de passer pour un mauvais parent … on a tous vécu ce moment où tu te sens mal et où tu te poses la question : doit-on obliger son propre enfant à partager? 

partage fraterie

Obliger, non. Inciter, oui!

Le partage est une très belle valeur. On voudrait tous que nos enfants y parviennent mais ce n’est pas inné. Ça s’apprend sur des années et surtout, il faut que ça vienne du cœur. 

Quand on force un enfant à partager contre son gré, il ne développera pas cette habitude de façon positive. Imagines toi, dans le même parc, en train de lire le livre que tu attendais tant. Si on te force à arrêter la lecture, comment vas-tu te sentir? Quelle expérience vas-tu en retenir? Si on te donne le choix de prêter ou non, sans conséquences, n’auras tu pas plus envie de le faire?

chicane partage frère et soeur

Changes de stratégie!

Si tu veux favoriser le partage, mais pas à n’importe quel prix, voici quelques suggestions. 

  • Valides les sentiments de ton enfant. Nommes lui la situation. « je vois que tu n’es pas prêt à partager ta trottinette ». Reprends doucement la trottinette des mains de l’autre enfant en lui disant « lorsque que mon enfant sera prêt à partager sa trottinette, il viendra te le dire ». Ainsi, les deux enfants seront validés et respectés dans leurs désirs. Certes l’autre enfant repartira peut-être bredouille mais il aura quand même été entendu dans son désir et apprendra au passage qu’il y a de meilleures manières de s’exprimer et qu’il faut attendre son tour. 

 

  • Mets les vieilles habitudes au placard. Avec mon humble expérience auprès des enfants, je te dirai que les plus petits sont plus enclin à partager s’ils ont le choix. Essayes! Laisses ton enfant choisir de partager un objet qui est précieux à ses yeux et de le faire de son plein gré. Ton enfant aura une vision plus positive de lui-même et se considérera ainsi plus généreux si ça vient de lui. Ton enfant est en train d’apprendre à s’affirmer et à mettre ses balises face aux désirs des autres. Si son choix est respecté jusqu’au bout, il en tirera une expérience positive, développera un sentiment de sécurité et surtout, il développera le goût du partage pour le reste de sa vie. 

 

  • Encourages ton enfant et donnes l’exemple. Encourages-le. Aides-le à se poser des questions, à penser à faire plaisir aux autres. Noël est une période propice …

Cette technique s’avère peut-être difficile au départ si d’autres habitudes ont été mises en place. Mais à long terme, tu n’en tireras que des bénéfices. Finie la gestion des tours et des minuteries, finie l’argumentation, la gestion de crises … En se sentant respecté dans son choix, ton enfant développera l’envie de faire plaisir aux autres et ressentira une émotion positive en partageant! Ce qui lui donnera le goût de recommencer … Alors, pourquoi ne pas commencer à mettre en place cette nouvelle stratégie au pied du sapin quand vous ouvrirez tous vos cadeaux? 

Anne-Laure Lavigne


Directrice adjointe en garderie

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