Encourager l’ouverture et la tolérance devant la différence culturelle et ethnique.


Partager

Ce préambule est peut-être un peu long, mais je le crois nécessaire...

Dernièrement j'ai vécu une situation franchement déstabilisante... Peut-être que je jouais à l'autruche, mais je m'imaginais que l'enseignement quotidien en lien avec la différence, la diversité , l'acceptation et la tolérance que j'offrais à mes enfants allait prévenir ce genre de situation (yeah, right!) : 

Nous sommes donc au parc de notre quartier et une petite fille à la peau couleur café arborant un afro (que je trouve personnellement absolument magnifique) joue tout bonnement dans la glissade. Ma plus grande s'approche et dit (naïvement, mais assez fort pour que tous les parents autour entendent) : « c'est pas beau ses gros cheveux à la fille » (malaise... On veut tous pas que ça nous arrive, c'est peut-être un peu pour ça que j'étais dans le déni). 

Les enfants sont curieux, ils posent des questions et font souvent remarquer des faits : c'est normal! Lorsqu'un enfant fait remarquer que le monsieur a un gros ventre, que la madame a une moustache ou que la petite fille a des gros cheveux et qu'ils le disent à voix haute, c'est toujours gênant. Mais il ne faut jamais oublier que ce ne sont justement que des observations sans jugement. Leur intention n'est pas de blesser quiconque par leurs observations, ce sont des faits qui sont bien réels, bien que souvent déstabilisants (c'est juste que si on pouvait rentrer dans les murs quand notre enfant fait remarquer haut et fort que « maman, le monsieur à la grosse bédaine y'a toutes les dents sales», on le ferait bin)! 

Toutefois on ne peut pas vraiment les réprimander pour ça, puisqu'ils ont en quelque sorte raisons et que ce ne sont que des observations, donc le mieux que nous puissions faire sur le coup est de simplement acquiescer leurs observations en donnant une explication simple si ça s'applique et répondre à leurs questions s'il y a lieu. Quand on ne sait plus quoi répondre, on peut proposer de regarder sur Internet ou d'aller à la bibliothèque! Et évidemment avant toutes choses, la sensibilisation aux différences est primordiale! On se rappelle que la beauté est partout, que chaque personne est unique et belle dans sa différence, qu'on est TOUS différent et beaux!

Une des phrases que je répète le plus souvent est : vous êtes le modèle. Soyez donc vous-même ouverts, tolérants, empathiques et respectueux! Soyez doux et bienveillants envers les commentaires que vous avez à l'égard de vous-même, de vos proches, à l'égard des autres (même si vous êtes en beau tabar** parce que vous venez de vous faire couper sur l'autoroute). Ouvrez-vous aussi à la différence, sensibilisez vous aux différences, éduquer vous sur les différentes histoires, éviter les jugements stéréotypés (surtout à haute voix devant vos enfants). Soyez vous même ouverts et curieux envers l'opinion et la vision de VOS enfants, même si vous n'êtes pas toujours d'accord!

Le problème dans la situation initiale, c'est que ma fille ne s'en ait pas tenu à un «fait» ou à une simple observation, comme à l'habitude; par exemple, en me demandant «pourquoi la famille à côté de nous a la peau noire», chose à laquelle je réponds d'instinct (mais non pas sans me demander si je réponds la bonne chose) qu'il existe plusieurs couleurs de peau, comme il existe plusieurs couleurs de yeux et de cheveux. On a aussi parlé du fait qu'ailleurs dans le monde, il y a des pays où les gens ont en majorité la peau plus foncée ou avec des traits de visages différents (en regardant des livres et des images), mais que parfois les familles déménagent pour venir vivre au Québec avec nous, tout comme nous pourrions déménager dans un pays différent et qu'alors ça fait un beau mélange de plein de gens différents, que ça forme comme un arc-en-ciel. Peut-être que j'ai l'air de porter des lunettes roses, mais je m'adapte en fonction de son âge, de sa compréhension et de ses questions qui pour l'instant s'arrêtent là. Oui, nous parlerons aussi de l'histoire et du racisme, le temps venu. 

Mais cette fois-ci elle a exprimé maladroitement un jugement. Pas dans l'intention de blesser la fillette... Dans les yeux de ma fille, c'était purement une question de goût personnel : elle n'aimait pas la façon dont ses cheveux étaient placés et elle l'a dit, sans filtre. Normal, les enfants n'ont pas de filtre si on ne leur enseigne pas (mais encore faut-il qu'ils soient capables de comprendre). Ma fille a le droit de ne pas tout aimer, tout comme moi j'ai des goûts et des préférences et que toi aussi tu en as. Par contre, c'est important qu'elle sache que certains mots peuvent faire mal, peuvent avoir une portée blessante : ce sont des mots cailloux. Elle commence à bien comprendre les mots cailloux, dernièrement on trouve ensemble des stratégies pour exprimer de façon plus acceptable son opinion, comme : « ça me plaît moins cette robe» ou  « je préfère la rose » plutôt que « maman c'est pas beau ta robe ».

Bref! Ce soir-là j'ai fait un retour avec ma fille sur la situation. Je lui ai expliqué que certains mots peuvent faire mal, un peu comme si on lançait un caillou. Elle a pleuré (et moi aussi de la voir si vulnérable). Ma fille n'a jamais voulu faire de peine à la fillette et ça l'a profondément attristée de savoir qu'elle avait peut-être fait de la peine à une personne. Elle ne veut pas faire de peine aux autres. Elle est sensible ma Léo

J'ai réalisé par cette situation que peut-être il était nécessaire qu'on en reparle, reparle et reparle encore, parce qu'elle vieillit et que sa compréhension est maintenant un peu différente et que l'exposition naturelle et répétée, en plus de mes mots feront sans doute une différence. (pas juste les différences de cultures ou d'ethnies, mais les différences corporelles, les différences tout court et surtout la tolérance et l'acceptation). À la maison, nous avons plusieurs poupées, figurines et jeux avec des personnages de différentes ethnies. C'est un point de départ pour développer une ouverture : l'exposition très tôt pour normaliser la diversité. 

Les livres, c'est souvent un moyen assez concret de faire passer des messages ou d'appuyer des apprentissages. J'ai donc sorti mon répertoire de lecture, fait quelques recherches (pour ne pas dire éplucher les catalogues de la bibliothèque) et nous avons été chercher plusieurs beaux petits bijoux! 

Bon à savoir :

1. Les enfants avant 2 ans sont en pleine émergence du concept de soi, ils commencent à reconnaître leurs différentes caractéristiques physiques et nommer celles des autres (par leurs observations avec absence de jugement*. 

2. L'enfant de 3 à 5 ans peut comprendre les différences associées aux cultures et aux ethnies, aux différences corporelles ou situationnelles (ex. deux mamans), il peut aussi les nommer mais il n'a pas de préjugé propre à lui-même face à ces différences. Il peut par contre reprendre les préjugés qui sont véhiculés dans son entourage, sans vraiment comprendre la portée de ce qu'il dit. Il peut aussi porter un jugement par rapport à ses goûts personnels, puisqu'il est encore très centré sur lui-même (comme ma fille l'a fait dans la situation précédemment exposée)*. 

3. De 5 à 7 ans, les enfants peuvent reprendre des modèles et des préjugés entendus dans leur milieu ou véhiculés par la majorité de la société dans lequel l'enfant se trouve. Ce sont des attitudes racistes non fondées (bien malgré eux et encore souvent incomprise, par imitation et selon le modèle reçu et non pas basé sur une croyance et des valeurs profondes. Ex. un enfant en minorité ethnique, pourrait avoir des paroles racistes envers sa propre culture/ethnie en fonction des attitudes véhiculées par les autres élèves de sa classe, tout en ayant une bonne estime de lui-même. En gros avant l'âge scolaire, les enfants peuvent avoir une «attitude raciste» (ou des propos racistes) malgré eux, qui n'est aucunement indicateur à savoir si l'enfant aura toujours ces mêmes attitudes et croyances à l'adolescence et âge adulte*. 

4. Donc oui, on fait attention à nos paroles et à notre modèle (en général, même les paroles que l'on utilisent pour parler de nous-même et qui peuvent être violentes), on répond aux questions des enfants en s'en tenant aux faits et on évite nos propres jugements. Si on ne connait pas la réponse à une question on évite de dire n'importe quoi et on se renseigne, on expose nos enfants aux différences par la littérature, jeux et jouets ou autres médiums qui sont adaptés à l'âge et au stade de développement de nos enfants!

On se rappelle aussi que ton enfant peut avoir des «propos racistes» sans être mal intentionné et sans comprendre la portée de ce qu'il dit. Ça n'indique absolument rien sur ta qualité de parent, tu n'as pas échoué si jamais ça arrive, donc respire!

Si tu as d'autres suggestions (il en existe bien d'autres mais j'ai choisi des livres que j'ai moi-même pu consulter et pour lesquels j'ai eu un coup de coeur), je suis bien preneuse et ça me fera bien plaisir de les ajouter ici (ou d'échanger avec toi ou de t'ouvrir mon micro s'il y a lieu)! Sinon on se rappelle que j'essaie de vous guider aux meilleurs de mes connaissances qui ne sont pas très étoffées à ce sujet là et qui partent de mon gros bon sens + de mon bagage personnel.

* Merci à ma collègue Laurence M.G professeure et auteure en psychologie, pour les petites références citées plus haut.


Suggestions de lecture pour encourager l'acceptation, l'ouverture et la gentillesse devant la différence.

Il existe une multitude de livres en anglais archi intéressants, si jamais c'est une langue qui est utilisée à la maison!

Diversité est l'un des huit livres de Pomango faisant partie de la Collection pour bien grandir. Quarante-quatre différences sont illustrées et expliquées afin d'inculquer à mini une ouverture d'esprit face aux différences entre les personnes, les cultures et les points de vue. Cette attitude bienveillante qu'est l'ouverture d'esprit fait en sorte que nous portons de l'intérêt, de la curiosité et de la compréhension pour les idées qui diffèrent en partie ou totalement des nôtres. Être bienveillant, à l'écoute des autres et respectueux des opinions des autres sont des qualités découlant en partie de cette qualité qu'est l'ouverture d'esprit.

Cet album est parfait pour les enfants de 18 mois à 5 ans, il présente la diversité culturelle d'un angle accessible pour les tout-petits.
Dans une ville d'Afrique, une femme fait son marché, son bébé dans son dos. À force de sourire, ce dernier se fait offrir six bananes, cinq oranges, quatre biscuits, trois épis de maïs, deux morceaux de noix de coco. Il remplit peu à peu le panier de sa maman qui, trop occupée à faire ses courses, ne remarque rien. Sauf que le panier est de plus en plus lourd sur sa tête.

Cet album est aussi super adapté pour les enfants de 18 mois à 5 ans. Qu'ils naissent dans un petit village niché au cœur des montagnes, dans une maison cossue, dans le désert ou au pays des pingouins, tous les enfants du monde, filles et garçons, ont, comme chacun le sait, deux petits pieds et deux petites mains. Et le nouveau-né que berce la narratrice a, en plus, trois petits baisers sur le bout du nez!

Dès 12 mois : 

Cette petite histoire cartonnée est idéale pour les petits dès 18 mois! L'histoire est toute simple et personnellement elle est appréciée chez nous avec ma 20 mois et ma 3 ans et demi! 

Jean-François est un petit pois qui a plein d'amis comme lui. Un jour, il rencontre Charlotte, qui ne lui ressemble pas du tout. En effet, c'est une carotte, ce qui ne les empêche pas de devenir amis et de bien s'amuser ensemble. Un album sur le thème de la différence.

Cet album est aussi bien pour les enfants de 18 mois à 5 ans! Il y a en fait une collection complète avec des sujets touchant la diversité et les différences. Lili vient d'un autre pays, très joli, mais que ses amis ne connaissent pas, ce qui n'est pas toujours facile pour elle.

livre différence et acceptation

Lila vient tout juste de déménager dans une nouvelle ville. Excitée à l'idée de se faire de nouveaux amis, elle est abasourdie lorsque, dès le premier jour d'école, un petit garçon montre du doigt ses cheveux couleur ébène et la traite de corneille. Les autres élèves chuchotent et ricanent, et le coeur de Lila devient lourd. Le jour suivant, Lila cache ses cheveux. Mais cette fois, le petit garçon montre du doigt sa peau foncée en riant. Et quand Lila cache sa peau, ce sont de ses yeux que le petit garçon se moque. Lila aperçoit une corneille sur sa route. Elle tente de chasser l'oiseau, mais il semble l'attendre chaque soir. Doucement, cet oiseau si sombre donnera un peu d'espoir à Lila et lui insufflera le courage d'être elle-même et de briller. Une histoire poignante sur l'intimidation et sur l'acceptation de nos différences et de celles des autres.

Jumelles, les héroïnes ont pourtant une couleur de peau différente. Lors d'une partie de cache-cache qui se prolonge jusqu'à la nuit tombée, l'une d'elle découvre que sa beauté est réelle même si elle n'est pas semblable à sa soeur. Un album sur la réconciliation, la sororité et l'acceptation de soi qui reprend les codes du conte africain.


Cette histoire plein de gros bon sens et de douceur enseigne aux enfants ce qu'est "la gentillesse" dans des actions concrètes. Ce livre peut être un excellent point de départ pour parler de l'entraide, du partage, de la tolérance, de l'ouverture aux autres : Quand Tanisha renverse du jus de raisin sur sa robe neuve à l'école, elle se sent profondément gênée. Témoin de l'incident, un enfant tente de faire preuve de gentillesse envers elle. Mais la gentillesse, qu'est-ce que c'est? Cette histoire touchante invite les lecteurs à réfléchir aux actes quotidiens de gentillesse. 

Ce livre est le nouveau préféré de ma fille. Elle arrive maintenant à voir la beauté dans les «gros cheveux» de la fillette du parc qu'elle n'avait pas aimé. Cette histoire lui a permis de constater que la chevelure de la fillette est unique et magique, qu'elle aussi n'est pas toujours satisfaite de l'allure de ses cheveux (tout comme ça arrive à ma fille de ne pas aimer la façon dont ses cheveux sont coiffé) et que même si elle est différente d'elle, elle est belle à sa façon! 

Les cheveux de Zuri n’en font qu’à leur tête. Ils s’entortillent, boudinent et frisottent dans tous les sens. Zuri sait qu’ils sont magnifiques, et cela la rend fière. Lorsque son papa intervient afin de lui faire une coiffure pour une occasion spéciale, ce dernier a beaucoup à apprendre… mais il ADORE sa fille et fera tout pour la rendre heureuse!


Cette histoire est d'autant plus d'actualité, suite aux tristes événements récents au Canada. 

Curieuse d'en savoir davantage sur ses origines, une petite fille demande à son grand-père de prononcer un mot en langue crie. Celui-ci est attristé lorsqu'il réalise qu'il l'a oublié, conséquence de nombreuses années passées en école résidentielle. Il lui dit qu'il a « perdu les mots » lors de son passage là-bas, et elle décide donc de l'aider à les retrouver.

Celui-là aussi, pour moi c'est un beau coup de coeur!

Adé adore les éclairs au chocolat, les papillons et poser des questions. Elle a aussi de magnifiques cheveux mais ses camarades d'école s'en moquent, simplement parce qu'ils sont différents. En compagnie de sa mère et ses tantes, elle va heureusement découvrir en douceur la beauté des papillons endormis sur sa tête, jusqu'à leur envol final.

Ce livre est simple, mais il dit tout! Par l'auteur de l'ouvrage Des cheveux comme les miens. Un teint comme le mien est un livre amusant et facile à lire pour les plus petits comme les plus grands. Une façon amusante et créative d'aborder et de célébrer la diversité chez les jeunes enfants. La garantie de vous faire sourire et de vous ouvrir l'appétit !

Cette histoire m'a fait vivre bien des émotions, passant de la colère, à la tristesse, à la fierté. L'histoire est peut-être un peu longue pour un enfant en bas de 5 ans, mais si ton enfant est intéressé par la lecture, ça demeure une très belle histoire touchante qui explique aux enfants l'histoire des noirs et de leur réalité dans les années 60. À lire absolument ! 

Dans la Louisiane des années 1960, Blancs et Noirs ne se mélangent pas. Ruby ne peut pas aller à l'école près de chez elle, réservée aux Blancs : elle doit se rendre dans une autre école, bien plus loin de sa maison. Mais l'année de ses six ans, tout va changer.

Dès 5 ans. 

Ce livre documentaire est un peu dans le même style que l'histoire précédente. . Rosa Parks a grandi en Alabama, aux États-Unis, où elle a appris à défendre ses droits dès son plus jeune âge. Toute sa vie, elle a travaillé pour que les Noirs cessent d'être moins bien traités que les Blancs. Son courage et sa dignité ont servi d'étincelle au mouvement qui a mis fin à la ségrégation raciale dans son pays.

Voici un livre hyper riche en information pour expliquer dans des mots d'enfants qu'est-ce qu'un réfugié, pourquoi les gens doivent changer de pays?  Dans cet album tout à fait d'actualité, Elise Gravel explique de manière simple et claire, ce que ça signifie d'être réfugié. Elle rappelle que toutes ces personnes déracinées sont avant tout des êtres humains comme chacun d'entre nous. Un documentaire accessible qui permet aux enfants de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent. À partir de 5 ans. 

Cette collection de style documentaire «Enfants du Monde» est aussi super intéressante! Elle aborde des sujets comme la culture et la diversité, mais aussi le racisme et l'intolérance, la pauvreté et la faim, les réfugiés et les migrants, etc.

4 ans et plus. 

Mélanie Fortier


ÉDUCATRICE SPÉCIALISÉE ET CONSEILLÈRE PÉDAGOGIQUE, CRÉATRICE ET RÉDACTRICE AU CONTENU PARENTALITÉ ET PETITE ENFANCE

Autres articles

Mélanie Fortier

septembre 15, 2021

Leave a Reply


Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec

{"email":"Email address invalid","url":"Website address invalid","required":"Required field missing"}

Devenez un parent moderne!